Le retour des oiseaux de proie

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par Hugues Deglaire, biologiste

05-Vie sauvage locale - Le retour des oiseaux de proie PHOTO 3C’est en fin de matinée sur une colline pas loin de chez nous que je m’installe. De ce point haut, on a une vue grandiose sur le fleuve Saint-Laurent. Le soleil se fait de plus en plus fort en cette fin du mois d’avril, la neige fond rapidement et j’entends le son de l’eau liquide qui perle un peu partout autour de moi. Un petit vent du Nord-Ouest, 2 sur l’échelle de Beaufort. Je sors les jumelles de mon sac à dos et je commence à détailler le ciel à l’affût de points que mes yeux pourraient percevoir au loin. Certains champs sont encore blancs, et sur d’autres, la terre noire absorbe la chaleur du soleil, formant des brumes. Ces brumes rendent plus difficile l’observation à travers les jumelles, mais elles sont de bon augure pour apercevoir ceux que je cherche…

11h32, un point surgit du grand bleu. Il plane en suivant le relief, puis il tournoie et s’élève de plusieurs centaines de mètres. Ses ailes sont comme des planches sombres, puis au fur et à mesure qu’il se rapproche, on distingue sa queue blanche. Pas de doute, c’est un grand aigle: le pygargue à tête blanche, un bel adulte qui remonte au Nord afin d’aller retrouver son compagnon ou sa compagne pour se reproduire, comme chaque année. Et le voilà qui passe à quelques centaines de mètres au-dessus de ma tête: il glisse sans effort de ses deux mètres trente d’envergure, longeant la face nord de la Gaspésie. 05-Vie sauvage locale - Le retour des oiseaux de proie PHOTO 2De ces oiseaux de proie qui nous visitent, les aigles royaux passent parfois aussi tôt qu’à la fin février. Puis, très vite, ce sera les autours des palombes, les pygargues à tête blanche, les vautours urubus, les faucons pèlerins, émerillons et crècerelles, ainsi que les busards Saint-Martin. Le point culminant de cette migration se déroule entre la fin avril et le début mai, où les nombreuses buses à queue rousse, épervier brun, balbuzard pêcheur et les petites buses prendront le relai. Parfois surgiront au travers du lot des surprises et des raretés: un faucon gerfaut, un épervier de Cooper, une buse à épaulette, une chouette épervière, ou bien une buse à queue rousse… albinos! Et pour ça, il faut collectionner les heures d’observation. Le belvédère Raoul-Roy au parc National du Bic est un haut lieu pour cette migration printanière, où lors de certaines journées, on peut en avoir observé plus d’un millier! Mais, au fait, pourquoi passent-ils tous là?

05-Vie sauvage locale - Le retour des oiseaux de proie PHOTO 4Le réchauffement printanier crée des ascendances thermiques que ces oiseaux utilisent grâce à leurs longues ailes, se déplaçant en glissant sans effort sur plusieurs centaines de kilomètres par jour. Quand ils ont perdu trop d’altitude, ils rejoignent un «ascenseur thermique» invisible pour l’œil humain, mais facilement détectable pour eux: les parapentistes vous le diront, ils suivent fréquemment les oiseaux de proie pour trouver ces courants ascendants! Les rapaces peuvent s’élever ainsi de plusieurs dizaines de mètres à la seconde. Cependant, ils rencontrent un obstacle de taille à leur migration: le fleuve Saint-Laurent. En effet, il n’y a pas d’ascendance thermique au-dessus d’une masse d’eau, et leurs longues ailes ne leur permettent pas de soutenir un vol battu très longtemps, rendant ainsi les 30 à 60 kilomètres de large du fleuve très difficiles à survoler. C’est pourquoi ils longent notre côte sur plusieurs centaines de kilomètres à la recherche d’un passage plus étroit. À l’occasion, certains s’essayeront, mais ils ne passeront pas tous, quelques-uns d’entre eux mourront noyés, et d’autres se retrouveront à se poser complètement épuisés sur des bateaux. Les marins connaissent ce phénomène.

05-Vie sauvage locale - Le retour des oiseaux de proie PHOTO 1Mais ceux qui passeront donneront la Vie à une nouvelle génération. Puis, ils redescendront à l’automne prochain, beaucoup d’entre eux passeront par Tadoussac, longeant le fleuve par la Côte-Nord. C’est pourquoi on observe beaucoup moins cette migration à l’automne dans notre région. Pour ma part, j’ai toujours une pensée émerveillée pour ces grands voyageurs au vol majestueux, dont certains ont passé l’hiver aussi loin qu’en Amérique centrale, nous rappelant que les frontières sont juste une invention humaine.

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