Chronique du 150e

par Jocelyne Rioux

Fini les citrouilles et les fantômes, déguisements rangés, sacs de friandises remplis, Halloween est enterrée. Novembre arrache à grands coups de vent les dernières feuilles offrant ainsi un décor gris, morose et funeste.
Ce dicton météorologique nous le prouve bien: «Temps de novembre, gris comme la cendre, sois-nous clément, jusqu’à l’Avent». Le cycle hivernal est commencé! Et pour cause! «Le mois de novembre est malsain, il fait tousser dès la Toussaint», disait un vieux dicton. «La Toussaint venue, quitte ta charrue», en disait un autre. «À la Toussaint, les blés semés et tous les fruits rentrés».

Toutes ces citations nous portent à croire que la fête du 1er novembre, la Toussaint, était non seulement une occasion de se remémorer et d’honorer tous les saints connus et inconnus qui, souhaitons-le, veillent encore sur nous, mais était également le moment charnière de l’année pour préparer les victuailles et s’approvisionner pour la longue saison froide.

L’engrangement des récoltes est terminé, les confitures de petits fruits, les marinades et les conserves sont bien classées dans la dépense, on s’apprête à transformer et à procéder à la conservation des aliments, notamment la viande. Saumurage, fumage, fermentation, sucre, sel et vinaigre, voilà les ingrédients et les façons de faire de l’époque. Et surtout, pas de gaspillage! Tout est bon dans le cochon (hormis la bile); celui-ci finira sur la table recouverte d’une nappe à carreaux, en lard salé, en boudin, en saucisson, en rillette, en andouille, en tête fromagée…

Cependant, les recettes d’antan, les procédés de stérilisation et la fabrication de plusieurs produits ont été transmis de génération en génération grâce à des femmes extraordinaires: les fermières (majoritairement de la ferme). Qui n’a pas consulté, ne serait-ce qu’une fois, leur livre de recettes? C’est à elles que nous devons, entre autres, le confort des pantoufles de Phentex (poléon), les courtepointes, les catalognes, les inimitables linges à vaisselle et le savon caustique.

On ne peut pas regretter la vie de nos ancêtres qui fut difficile, mais sachons reconnaître leur débrouillardise, leur sens du travail et sans oublier qu’ils furent les premiers écoresponsables.

Novembre est entièrement consacré aux défunts et aux trépassés. On l’appelle d’ailleurs le mois des morts. À l’époque, le rituel de commémoration du 2 novembre est bien ancré dans nos traditions et à Saint-Ulric. Les paroissiens assistent nombreux à la célébration religieuse au cimetière, alors qu’aujourd’hui, ils ne sont qu’une poignée de fidèles à se présenter pour ce moment de prière. Il ne s’agit pas de s’attendrir sur un passé dévolu, mais plutôt de flâner sur les sentiers de la mémoire qui permettent de dire qu’avant nous, il eut une existence: celle de nos ancêtres.

Et puisque nous sommes à nous raconter et à nous souvenir, il est immensément important de souligner le jour du Souvenir: l’Armistice (fin des combats) de la Première Guerre mondiale. La onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918, les clairons sonnent, les soldats ne craignent plus… Les guerres du passé, rappelons-les, étaient le devenir de notre présent.

Portons fièrement le coquelicot rouge sang, symbole durable du souvenir de ceux qui ont servi leur pays ou qui sont morts pour lui et qui est le principal emblème de la Légion royale canadienne, et plus particulièrement cette année, puisque nous commémorerons le 100e anniversaire de l’Armistice.

Gardons-nous d’oublier nos valeureux combattants ulricois et qu’il me soit permis, par le biais de cette tribune, d’en nommer quelques-uns: les Beaulieu, Bernier, Bérubé, Blier, Boulay, Caron, Gagnon, Lamarre, Lapointe, Lepage, Levasseur, Lévesque, Ouellet, Pelletier, Perron, Michaud, Richard, Ross, Talbot, et tous les autres…

Lucien Bernier
(collection Gisèle Gauthier)

Philippe Bernier
(collection Gisèle Gauthier)

Cercle de Fermières, 1955 (Collection Jocelyne Pilote)

La fin de novembre, soit le 25, se prête aussi à une autre tradition typiquement québécoise: la Sainte-Catherine connue aussi sous l’appellation de la fête des «vieilles filles». Qu’on m’envoie au cachot si j’ose nommer une de ces perles non réclamées!

Ce jour-là, les effluves de mélasse parfumaient la plupart des cuisines, car on y préparait un très goûteux bonbon mou: la tire Sainte-Catherine. Sa confection plutôt spectaculaire consiste à étirer (le plus souvent à deux) une préparation de sucre bouilli, qui prend alors une magnifique couleur dorée. J’ai souvenir encore de celle, délicieusement faite, par Irène Talbot qui n’a rien d’égal à la vulgaire «kiss» de magasin.

De nos jours, novembre fait jaillir une nouvelle tradition, au nom de la santé masculine, le «movember». Ne soyons donc pas étonnés de voir nos Ulricois, ce mois-ci, porter fièrement la moustache en guise de solidarité.

BV :

Photo 1: Lucien Bernier (collection Gisèle Gauthier)
Photo 2: Philippe Bernier (collection Gisèle Gauthier)
Photo 3: Cercle de Fermières, 1955 (Collection Jocelyne Pilote)

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À propos de L'Ulricois

Journal communautaire de la Municipalité de Saint-Ulric, dans le Bas-St-Lurent, Québec, Canada. Nous répertorions ici la liste des activités communautaires des nombreux organismes bénévoles.

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